_______________________________________

Les Synapses de Pôle Sud 77

N°2

 

Compte-rendu de la conférence du 25 janvier 2006

Palais des rencontres de Champagne sur Seine

 

 

Accueil par Monsieur François Roger, maire de Champagne sur Seine

 

Monsieur le Maire évoque la dégradation récente, forte et rapide de l'emploi dans sa commune et dans celles environnantes : en 2004-2005, sur 12 mois, 1000 emplois directs ont disparu, du fait de la fermeture totale ou partielle des industries locales (Jeumont-Schneider, ABB, SKF, Nina Ricci, Thomson VidéoGlass).

 

Suite à des actions volontaristes, un GIP (Groupement d'Intérêt Public) est constitué. Il s'agit d'attirer de nouvelles entreprises, pour éviter que la région ne soit qu'une cité-dortoir ; il faut attirer avec un élément fédérateur, une ligne directrice.

 

C'est en cela que la démarche Pôle Sud 77, initiée par Denis Oulés, est intéressante.

 

 

Rappel bref des objectifs de Pôle Sud 77 et des Synapses, par Denis Oulés.

 

C'est le cercle vertueux : recherche-innovation-investissement-entreprise qui crée, à terme, des emplois.

 

Le Sud de notre département héberge un potentiel d'environ 2000 chercheurs (recherche académique et privée), soit quatre fois plus que le Nord.

 

Pôle Sud 77 propose de réaliser une "fertilisation croisée" de tous les acteurs, autour d'un axe identifié comme porteur : l'acoustique.

 

Les Synapses permettent de réunir périodiquement des participants d'horizons différents, autour d'invités renommés et/ou locaux qui témoignent de leur parcours "de l'idée au produit... et au marché".

 

 

Invité 1 : Bernard Didier, créateur de Morphosystèmes, directeur « Business Development » de Sagem (groupe Safran) : http://www.sagem-ds.com/fra/bds_secur

 

Bernard Didier détaille les 3 secteurs utilisateurs de la biométrie :

 

- Les gouvernements, à des fins civiles (cartes d'identité, passeports, délivrances de droits) et policières (enregistrement d'une personne prise en flagrant délit, identification à partir d'un fichier de récidivistes)

 

- Les entreprises : sécurité des systèmes de paiement, gestion des accès physiques, contrôle du temps du travail, sécurité des systèmes d'information.

 

- Les particuliers : sécurité des biens et des transactions.

 

Dans ces 3 secteurs, il s'agit de s'assurer de l'identité d'un individu : or, par exemple, disposer d'une clef ou taper son nom sur un clavier n'est pas une preuve d'identité ; seules des caractéristiques physiques, intrinsèques à chaque individu, peuvent permettre son identification : empreinte digitale ou palmaire, iris, visage, etc.

 

L'idée à l'origine de la création de Morphosystèmes (1982) a germé en Afrique : la volonté de Leopold Senghor d'organiser les premières élections démocratiques au Sénégal et donc de disposer d'un fichier d'état civil complet et "propre" a conduit Bernard Didier à s'intéresser à l'automatisation de la lecture des empreintes digitales.

 

Un audit de l'existant fut réalisé : constatation du retard français, de l'avance anglaise et américaine, des premiers pas japonais, examen des 300 brevets déposés dans ce domaine.

 

Morphosytèmes (filiale de la Caisse des dépôts et consignations) est créée à Fontainebleau en valorisant des travaux de recherche de l’Ecole des Mines, et réalise bientôt une première mondiale : la carte d'identité biométrique du Cameroun.

 

Les années 84-86 voient les débuts de Morphosystèmes aux Etats-Unis : Bernard Didier raconte plusieurs anecdotes sur ses négociations, ses rencontres, qui aboutissent à la réponse à l’appel d’offres de la Californie contre NEC, puis au gain du marché de la ville de Tacoma (2 M$).

 

Au cours des années suivantes, Morphosytèmes devient une référence mondiale, signe un accord stratégique exceptionnel avec IBM et remporte de nombreux contrats : New York (21 M$), Gendarmerie Française, Hong Kong, Taïwan, Etat Autrichien, Police Fédérale Allemande.

 

En 1993, la Caisse des dépôts décide de se désinvestir de Morphosystèmes ; c'est le départ de 170 ingénieurs de Fontainebleau et le début d'une nouvelle aventure, avec Sagem : percée vers le Moyen-Orient, contrat pour le FBI, ...

 

A ce jour, 120 systèmes de sécurité d'état sont installés, dans 50 pays.

 

Sagem Morpho détient 48,8 % du marché des AFIS (Automated Fingerprint Identification Systems) devant Motorola (18%) ; c'est un marché dont les revenus annuels ont un taux de progression à deux chiffres, et dont le potentiel global s'évalue en milliards d'euros.

 

De son expérience, Bernard Didier nous confie quelques règles ou observations :

 

-          savoir préserver son identité, sa marque, accepter les duels, savoir gérer la solitude de celui qui est en tête

-          recrutement et management des hommes : l'engagement et la passion font plus que l'intelligence ; nécessité d'une "épine dorsale" pour l'animation d'une équipe ; savoir embaucher quelqu'un et comprendre pourquoi il part...

 

Bernard Didier termine en passant quelques extraits de films ou interviews, et signale l'exposition à la Cité des Sciences et de l'Industrie "Biométrie : le corps identité". (n.d.l.r : jusqu'au 5 novembre 2006 ; http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/expositions/biometrie/index2.php )

 

 

Questions/réponses

 

- Des liens subsistent avec le centre de Morphologie Mathématique de l'Ecole des Mines à Fontainebleau, mais ce sont d'autres algorithmes qui sont utilisés.

 

- Le passage aux Etats-Unis est toujours obligatoire et intéressant : le citoyen américain a une grande appétence pour la technologie, et il n'y a pas ce déséquilibre que l'on constate en Europe, entre l'argent mis dans la recherche et la consommation des produits issus de cette recherche.

 

C'est un marché exigeant (ne pas y aller si l'on n'est pas prêt), très compétitif, mais leur chance est donnée aux petites entreprises.

 

- L'avance technologique de Sagem Morpho se maintient par la qualité des équipes qui développent leurs propres algorithmes, et acceptent de privilégier le dépôt de brevet à la publication.

 

Une veille sur la recherche et les meilleurs systèmes est effectuée et la tendance est à l'ouverture, via des partenariats.

 

 

Invité 2 : Henrik Nielsen, fondateur de Nielsen Innovation (Samois sur Seine) : http://www.nielsen-innovation.com

 

Danois d'origine, formé à la mécanique et à la gestion de l'innovation, Henrik Nielsen fonde Nielsen Innovation en 2000, après un passage chez Moulinex et Cycleurop.

 

Nielsen Innovation a deux Business Models :

 

-          activité de conseil

-          projets autofinancés

 

Le C.A réalisé en 2005 est de 340 k€, pour un résultat net de 19% ; il est constitué pour 97% à l'export (Allemagne, Grande-Bretagne, Danemark, Etats-Unis, Chine, Taïwan). Henrik Nielsen est propriétaire à 100% de son entreprise et s'autofinance à 100%.

 

Henrik Nielsen souligne la différence culturelle entre le monde anglo-saxon et la France, où il est par exemple très difficile d'approcher la bonne personne pour entamer une négociation.

 

Il montre à l'aide de schémas comment l'innovation est tirée soit par la technologie, soit par le besoin (exemple du walkman), et comment une stratégie de création de valeur doit intégrer technologie, design et marketing.

 

Il pense que l'innovation tirée par le besoin est plus rentable que celle tirée par la technologie.

 

Il anticipe une tendance selon laquelle les fonctions de fabrication seront de plus en plus distinctes des fonctions de distribution, les sociétés d'innovation faisant le lien entre les deux.

 

Nielsen Innovation dépose des brevets (4 acceptés en 2005 et 7 demandés), plus dans une optique de se faire connaître que de se protéger.

 

Les produits développés par Nielsen Innovation sont :

 

-          un aspirateur sans fil

-          une cafetière individuelle mobile

-          un éclairage clignotant pour vélo, sans frottement et sans pile

-          une table debout-assis ; le procédé sera adapté à des accessoires de salle de bain

-          au stade du concept : "cuisine centrale intégrée", mobilier de bureau intégrant les outils informatiques et accessoires (câbles, etc.)

 

 

Invité 3 : Jean-Pierre Bugeat, de la Direction Recherche et Technologies de Snecma (groupe Safran) : http://www.snecma-moteurs.com

 

La présentation complète de Jean-Pierre Bugeat est accessible en :

http://www.polesud77.asso.fr/pages/synapses

 

Le métier de la Snecma est la propulsion aéronautique (et spatiale).

 

Jean-Pierre Bugeat évoque les enjeux très importants de l'industrie aéronautique, confrontée à une concurrence sévère, à des contraintes économiques et sociétales accrues.

 

Innover pour réduire les coûts et améliorer les performances nécessite une compréhension fine des phénomènes en amont.

 

La politique de Recherche et Technologies de la Snecma ne s'appuie pas sur un centre qui lui est propre, mais sur un réseau de laboratoires et instituts de recherche académique et privée, et sur des accords de  partenariats.

 

Jean-Pierre Bugeat détaille l’effort de R&T affecté aux grands domaines d’intérêt pour la Snecma et précise la source des moyens financiers disponibles.

 

Un exemple de coopération avec le LOA (Laboratoire Ondes et Acoustique de l'ESPCI) est présenté : application du retournement temporel au contrôle non destructif de billettes de titane (utilisées par exemple dans la fabrication de turboréacteurs). D'autres secteurs (en aéronautique ou non) peuvent bénéficier de cette technique.

 

 

Questions/réponses (invités 2 et 3)

 

Henrik Nielsen indique qu'il a 5 ingénieurs ; un exemple de mission auprès d'une entreprise peut être la recherche du vrai point fort de celle-ci, afin de le maintenir, ou de conduire à une innovation.

 

Jean-Pierre Bugeat  reconnaît la mondialisation de l'innovation, mais innover reste la seule manière de faire la course en tête.

 

Denis Oulés fait remarquer que la France se distingue par la qualité de sa recherche en mathématiques qui par exemple a initié la biométrie (travaux de Georges Matheron).

 

Réflexion dans le public : "Si on a une Caisse des dépôts et consignations!".

 

 

 

Denis Oulés, Bernard Templier, Bernard Eid : point sur les travaux engagés par Pôle Sud 77, choix d'un axe, perspectives.

 

Des retombées des premières Synapses ont déjà été observées : contacts entre des étudiants et Bruno Gérard (Oxand) ; des étudiants de l'INSEAD (département Entrepreneurship) sont allés voir Pierre Jouvelot (ENSMP) ou Henrik Nielsen pour des idées de start-up.

 

Parallèlement, la faisabilité d’un pôle d’excellence en acoustique est explorée.

Bernard Templier justifie le choix de l'acoustique en tant qu'axe scientifico-technico-économique :

 

-          il y a une demande sociétale forte en matière de réduction du bruit

-          ce peut être une technologie-clef produisant une différenciation-marketing

-          il n'y a pas encore en France de pôle de compétitivité ou d'excellence sur ce thème ; un tel pôle serait complémentaire des pôles voisins "Ville et Mobilité Durables" et System@tic

-          ce sujet est fondamental pour des industriels du Sud Seine et Marne

-          c'est "just-in-time" pour valoriser des résultats fondamentaux de la recherche académique. 

 

De plus, la directive européenne de 2002 de lutte contre le bruit et sa transposition engagée dans les 25 pays membres de l’UE va générer un marché.

 

Intervention de Bernard Didier : il faudrait s'inspirer des modèles économiques des Agences de l’eau.

 

Bernard Eid indique (sans dévoiler leur contenu) qu'ont été repérés quelques thèmes d'innovation porteurs, pour des échéances différentes (1-2, 3-5, 5-10 ans). Pour chacun de ces thèmes, une feuille de route a été esquissée, planifiant les partenariats, les investissements, et l'organisation.

 

Certains thèmes de recherches explorés sont en adéquation avec les travaux d’au moins quatre industriels de la région, et des applications sur des marchés différents sont envisagées.

 

D’autres thèmes tels que la réduction du bruit en zones habitées, ou la gestion de ressources publiques rares peuvent faire aussi l’objet de recherches par l’INSEAD (comment des politiques publiques génèrent-elles de nouvelles activités ?)

 

 

Eric Louis, directeur d'ARIPA : http://www.aripa.net

 

ARIPA est une structure associative, Centre de Ressources Technologiques labellisé par les ministères de la Recherche et de l’Industrie, qui opère un transfert "pratique" d'outils et de process vers les PME/PMI, avec des compétences fortes en robotique, mécanique, automatismes.

 

ARIPA compte 30 personnes et a réalisé un C.A de 2 M € en 2005.

 

Elle bénéficie de soutiens financiers publics (ministères, région IdF, département S&M).

 

Le soutien par trois Communautés de communes du Sud S&M a permis d’initier, tout récemment, une Pépinière pour jeunes entreprises technologiques.

 

Le message d'Eric Louis est de se fédérer, de s'unir, de communiquer.

 

Eric Louis interviendra plus longuement lors des 3ème Synapses, prévues le 28 mars.

 

 

Denis Oulés remercie la ville de Champagne sur Seine pour son accueil, les intervenants, et les membres du bureau de Pôle Sud 77 qui contribuent à l’organisation des Synapses (Web, badges, comptes-rendus, etc.).

 

Il renouvelle l’appel à toutes les compétences pouvant diffuser la culture de l’innovation, et du domaine acoustique, puis il remercie tous ceux qui ont déjà adhéré à Pôle Sud 77 et invite les autres à rejoindre les premiers.

 

 

Cocktail offert par la Mairie de Champagne sur Seine : http://www.champagne-sur-seine.fr/index.php

 

 à consul ter é galement : http://www.hutchinson.fr/fr/qui/rechdev.asp

 

 

M.H/28.01.06