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Les
Synapses de Pôle Sud 77
Accueil par
Monsieur François Roger, maire de Champagne sur Seine
Monsieur le Maire évoque la
dégradation récente, forte et rapide de l'emploi dans sa commune et dans celles
environnantes : en 2004-2005, sur 12 mois, 1000 emplois directs ont disparu, du
fait de la fermeture totale ou partielle des industries locales
(Jeumont-Schneider, ABB, SKF, Nina Ricci, Thomson VidéoGlass).
Suite à des actions volontaristes, un GIP (Groupement d'Intérêt Public) est constitué. Il s'agit d'attirer de nouvelles entreprises, pour éviter que la région ne soit qu'une cité-dortoir ; il faut attirer avec un élément fédérateur, une ligne directrice.
C'est en cela que la démarche Pôle Sud 77, initiée par Denis Oulés, est intéressante.
Rappel bref des objectifs de Pôle
Sud 77 et des Synapses, par Denis Oulés.
C'est le cercle vertueux :
recherche-innovation-investissement-entreprise qui crée, à terme, des emplois.
Le Sud de notre département héberge un potentiel d'environ 2000 chercheurs (recherche académique et privée), soit quatre fois plus que le Nord.
Pôle Sud 77 propose de réaliser
une "fertilisation croisée" de tous les acteurs, autour d'un axe
identifié comme porteur : l'acoustique.
Les Synapses permettent de réunir périodiquement des participants d'horizons différents, autour d'invités renommés et/ou locaux qui témoignent de leur parcours "de l'idée au produit... et au marché".
Invité 1 : Bernard Didier, créateur
de Morphosystèmes, directeur « Business Development » de Sagem
(groupe Safran) : http://www.sagem-ds.com/fra/bds_secur
Bernard Didier détaille les 3
secteurs utilisateurs de la biométrie :
- Les gouvernements, à des fins civiles (cartes d'identité, passeports, délivrances de droits) et policières (enregistrement d'une personne prise en flagrant délit, identification à partir d'un fichier de récidivistes)
- Les entreprises : sécurité des
systèmes de paiement, gestion des accès physiques, contrôle du temps du
travail, sécurité des systèmes d'information.
- Les particuliers : sécurité des
biens et des transactions.
Dans ces 3 secteurs, il s'agit de
s'assurer de l'identité d'un individu : or, par exemple, disposer d'une clef ou
taper son nom sur un clavier n'est pas une preuve d'identité ; seules des
caractéristiques physiques, intrinsèques à chaque individu, peuvent permettre
son identification : empreinte digitale ou palmaire, iris, visage, etc.
L'idée à l'origine de la création
de Morphosystèmes (1982) a germé en Afrique : la volonté de Leopold Senghor
d'organiser les premières élections démocratiques au Sénégal et donc de
disposer d'un fichier d'état civil complet et "propre" a conduit
Bernard Didier à s'intéresser à l'automatisation de la lecture des empreintes
digitales.
Un audit de l'existant fut réalisé
: constatation du retard français, de l'avance anglaise et américaine, des
premiers pas japonais, examen des 300 brevets déposés dans ce domaine.
Morphosytèmes (filiale de la
Caisse des dépôts et consignations) est créée à Fontainebleau en valorisant des
travaux de recherche de l’Ecole des Mines, et réalise bientôt une première
mondiale : la carte d'identité biométrique du Cameroun.
Les années 84-86 voient les débuts
de Morphosystèmes aux Etats-Unis : Bernard Didier raconte plusieurs anecdotes
sur ses négociations, ses rencontres, qui aboutissent à la réponse à l’appel
d’offres de la Californie contre NEC, puis au gain du marché de la ville de
Tacoma (2 M$).
Au cours des années suivantes,
Morphosytèmes devient une référence mondiale, signe un accord stratégique
exceptionnel avec IBM et remporte de nombreux contrats : New York (21 M$),
Gendarmerie Française, Hong Kong, Taïwan, Etat Autrichien, Police Fédérale
Allemande.
En 1993, la Caisse des dépôts
décide de se désinvestir de Morphosystèmes ; c'est le départ de 170 ingénieurs
de Fontainebleau et le début d'une nouvelle aventure, avec Sagem : percée vers le Moyen-Orient, contrat pour le FBI, ...
A ce jour, 120 systèmes de
sécurité d'état sont installés, dans 50 pays.
Sagem Morpho détient 48,8 % du marché des AFIS (Automated
Fingerprint Identification Systems) devant Motorola (18%) ; c'est un marché dont les revenus annuels ont
un taux de progression à deux chiffres, et dont le potentiel global s'évalue en
milliards d'euros.
De son expérience, Bernard Didier
nous confie quelques règles ou observations :
-
savoir préserver son identité, sa marque, accepter
les duels, savoir gérer la solitude de celui qui est en tête
-
recrutement et management des hommes : l'engagement
et la passion font plus que l'intelligence ; nécessité d'une "épine dorsale"
pour l'animation d'une équipe ; savoir embaucher quelqu'un et comprendre
pourquoi il part...
Bernard Didier termine en passant
quelques extraits de films ou interviews, et signale l'exposition à la Cité des
Sciences et de l'Industrie "Biométrie : le corps identité". (n.d.l.r
: jusqu'au 5 novembre 2006 ; http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/expositions/biometrie/index2.php
)
- Des liens subsistent avec le
centre de Morphologie Mathématique de l'Ecole des Mines à Fontainebleau, mais
ce sont d'autres algorithmes qui sont utilisés.
- Le passage aux Etats-Unis est
toujours obligatoire et intéressant : le citoyen américain a une grande
appétence pour la technologie, et il n'y a pas ce déséquilibre que l'on
constate en Europe, entre l'argent mis dans la recherche et la consommation des
produits issus de cette recherche.
C'est un marché exigeant (ne pas y
aller si l'on n'est pas prêt), très compétitif, mais leur chance est donnée aux
petites entreprises.
- L'avance technologique de Sagem
Morpho se maintient par la qualité des équipes qui développent leurs propres
algorithmes, et acceptent de privilégier le dépôt de brevet à la publication.
Une veille sur la recherche et les
meilleurs systèmes est effectuée et la tendance est à
l'ouverture, via des partenariats.
Invité 2 : Henrik Nielsen,
fondateur de Nielsen Innovation (Samois sur Seine) : http://www.nielsen-innovation.com
Danois d'origine, formé à la
mécanique et à la gestion de l'innovation, Henrik Nielsen fonde Nielsen
Innovation en 2000, après un passage chez Moulinex et Cycleurop.
Nielsen Innovation a deux Business
Models :
-
activité de conseil
-
projets autofinancés
Le C.A réalisé en 2005 est de 340
k€, pour un résultat net de 19% ; il est constitué pour 97% à l'export
(Allemagne, Grande-Bretagne, Danemark, Etats-Unis, Chine, Taïwan). Henrik
Nielsen est propriétaire à 100% de son entreprise et s'autofinance à 100%.
Henrik Nielsen souligne la
différence culturelle entre le monde anglo-saxon et la France, où il est par
exemple très difficile d'approcher la bonne personne pour entamer une
négociation.
Il montre à l'aide de schémas
comment l'innovation est tirée soit par la technologie, soit par le besoin
(exemple du walkman), et comment une stratégie de création de valeur doit
intégrer technologie, design et marketing.
Il pense que l'innovation tirée
par le besoin est plus rentable que celle tirée par la technologie.
Il anticipe une tendance selon
laquelle les fonctions de fabrication seront de plus en plus distinctes des
fonctions de distribution, les sociétés d'innovation faisant le lien entre les
deux.
Nielsen Innovation dépose des
brevets (4 acceptés en 2005 et 7 demandés), plus dans une optique de se faire
connaître que de se protéger.
Les produits développés par
Nielsen Innovation sont :
-
un aspirateur sans fil
-
une cafetière individuelle mobile
-
un éclairage clignotant pour vélo, sans frottement et
sans pile
-
une table debout-assis ; le procédé sera adapté à des
accessoires de salle de bain
-
au stade du concept : "cuisine centrale
intégrée", mobilier de bureau intégrant les outils informatiques et
accessoires (câbles, etc.)
Invité 3 : Jean-Pierre Bugeat, de la
Direction Recherche et Technologies de Snecma (groupe Safran) : http://www.snecma-moteurs.com
La présentation complète de Jean-Pierre Bugeat est accessible en :
http://www.polesud77.asso.fr/pages/synapses
Le métier de la Snecma est la
propulsion aéronautique (et spatiale).
Jean-Pierre Bugeat évoque les
enjeux très importants de l'industrie aéronautique, confrontée à une
concurrence sévère, à des contraintes économiques et sociétales accrues.
Innover pour réduire les coûts et
améliorer les performances nécessite une compréhension fine des phénomènes en
amont.
La politique de Recherche et
Technologies de la Snecma ne s'appuie pas sur un centre qui lui est propre,
mais sur un réseau de laboratoires et instituts de recherche académique et
privée, et sur des accords de
partenariats.
Jean-Pierre Bugeat
détaille l’effort de R&T affecté aux grands domaines
d’intérêt pour la Snecma et précise la source des moyens financiers
disponibles.
Un exemple de coopération avec le
LOA (Laboratoire Ondes et Acoustique de l'ESPCI) est présenté : application du
retournement temporel au contrôle non destructif de billettes de titane
(utilisées par exemple dans la fabrication de turboréacteurs). D'autres secteurs (en aéronautique
ou non) peuvent bénéficier de cette technique.
Questions/réponses (invités 2 et
3)
Henrik Nielsen indique qu'il a 5
ingénieurs ; un exemple de mission auprès d'une entreprise peut être la
recherche du vrai point fort de celle-ci, afin de le maintenir, ou de conduire
à une innovation.
Jean-Pierre Bugeat reconnaît la mondialisation de l'innovation,
mais innover reste la seule manière de faire la course en tête.
Denis Oulés fait remarquer que la
France se distingue par la qualité de sa recherche en mathématiques qui par
exemple a initié la biométrie (travaux de Georges Matheron).
Réflexion dans le public :
"Si on a une Caisse des dépôts et consignations!".
Denis Oulés, Bernard Templier,
Bernard Eid : point sur les travaux engagés par Pôle Sud 77, choix d'un
axe, perspectives.
Des retombées des premières Synapses ont déjà été
observées : contacts entre des étudiants et
Parallèlement, la faisabilité d’un
pôle d’excellence en acoustique est explorée.
Bernard Templier justifie le choix
de l'acoustique en tant qu'axe scientifico-technico-économique :
-
il y a une demande sociétale forte en matière de
réduction du bruit
-
ce peut être une technologie-clef produisant une
différenciation-marketing
-
il n'y a pas encore en France de pôle de compétitivité
ou d'excellence sur ce thème ; un tel pôle serait complémentaire des pôles
voisins "Ville et Mobilité Durables" et System@tic
-
ce sujet est fondamental pour des industriels du Sud
Seine et Marne
-
c'est "just-in-time" pour valoriser des
résultats fondamentaux de la recherche académique.
De plus, la directive
européenne de 2002 de lutte contre le bruit et sa transposition engagée dans
les 25 pays membres de l’UE va générer un marché.
Intervention de Bernard Didier : il
faudrait s'inspirer des modèles économiques des Agences de l’eau.
Bernard Eid indique (sans dévoiler
leur contenu) qu'ont été repérés quelques thèmes d'innovation porteurs, pour
des échéances différentes (1-2, 3-5, 5-10 ans). Pour chacun de ces thèmes, une
feuille de route a été esquissée, planifiant les partenariats, les
investissements, et l'organisation.
Certains thèmes de recherches
explorés sont en adéquation avec les travaux d’au moins quatre industriels de
la région, et des applications sur des marchés différents sont envisagées.
D’autres thèmes tels que la réduction du bruit en zones habitées, ou la gestion de ressources publiques rares peuvent faire aussi l’objet de recherches par l’INSEAD (comment des politiques publiques génèrent-elles de nouvelles activités ?)
Eric Louis,
directeur d'ARIPA : http://www.aripa.net
ARIPA est une structure
associative, Centre de Ressources Technologiques labellisé
par les ministères de la
Recherche et de l’Industrie, qui opère un transfert "pratique"
d'outils et de process vers les PME/PMI, avec des compétences fortes en
robotique, mécanique, automatismes.
ARIPA compte 30 personnes et a
réalisé un C.A de 2 M € en 2005.
Elle bénéficie de soutiens
financiers publics (ministères, région IdF, département S&M).
Le
soutien par trois Communautés de communes du Sud S&M a permis d’initier,
tout récemment, une Pépinière pour jeunes entreprises technologiques.
Le message d'Eric Louis est de se
fédérer, de s'unir, de communiquer.
Eric Louis interviendra plus
longuement lors des 3ème Synapses, prévues le 28 mars.
Denis Oulés remercie la ville de
Champagne sur Seine pour son accueil, les intervenants, et les membres du
bureau de Pôle Sud 77 qui contribuent à l’organisation des Synapses (Web,
badges, comptes-rendus, etc.).
Il renouvelle l’appel à toutes les
compétences pouvant diffuser la culture de l’innovation, et du domaine
acoustique, puis il remercie tous ceux qui ont déjà adhéré à Pôle Sud 77
et invite les autres à rejoindre les premiers.
Cocktail offert
par la Mairie de Champagne sur Seine : http://www.champagne-sur-seine.fr/index.php
M.H/28.01.06