Compte-rendu des 3 èmes Synapses, 28 mars 2006, à l'INSEAD (Fontainebleau)

 

 

Accueil, par Arnoud de Meyer, doyen de l'INSEAD

 

A. de Meyer souhaite la bienvenue aux participants et souligne les progrès constatés depuis les premières rencontres : interactions croissantes entre les acteurs, émergence d'actions communes entre des porteurs de projets et des étudiants MBA de l’option "Entrepreneurship" (animée par Filipe Santos) de l'INSEAD.

 

Il confirme que l'INSEAD s'attache à favoriser la création d'entreprises dans la région.

 

Rappel des objectifs de Pôle Sud 77 et des Synapses, par Denis Oulés, président de Pôle Sud 77

 

Denis Oulés redonne la "recette" du développement économique = innovation + formation + entrepreneurs + investisseurs.

 

Le territoire concerné par l'action de Pôle Sud 77, originellement situé sur le Sud de la Seine & Marne, s'est étendu désormais sur un losange Melun – Sens – Montargis - Pithiviers, couvrant trois Régions administratives et constituant le grand Gâtinais; la Région Ile de France se préoccupe de ses "franges" et des propositions inter - régionales de développement seraient bienvenues.

 

Sur ce bassin de 500 000 habitants, il y a 2000 chercheurs recensés, soit quatre fois plus que la moyenne francilienne.

 

Les Synapses sont un élément de l'ambition de Pôle Sud 77 : il s'agit de réunir périodiquement, afin de favoriser une fécondation croisée, des chercheurs, des enseignants, des étudiants, des entrepreneurs et des investisseurs ; Denis Oulés détaille les résultats obtenus à ce jour (p.e le passage de quatre "Business concepts" à des "Business case" lors de contacts entre porteurs de projets et étudiants de l’option "Entrepreneurship" de l'INSEAD).

 

 

Intervenants : Daniel Broussaud, conseiller scientifique, et Yves Bienvenu, directeur-adjoint, du Centre des Matériaux de l'ENSMP, Evry

 

Daniel Broussaud présente l'Ecole des Mines, qui forme des ingénieurs civils et de Corps d'Etat. L'Ecole est le premier établissement français en matière de Recherche (essentiellement contractuelle) avec 1500 personnes, dont 800 enseignants-chercheurs, doctorants, post-docs, ingénieurs.

 

Les Centres de recherche ont la spécificité d'être disséminés : ainsi, six Centres à Fontainebleau, le Centre des Matériaux à Evry (sur le site de la SNECMA), des Centres à Sophia-Antipolis et Paris.

 

L'Ecole des Mines est adhérente de PARITECH (regroupement de Grandes Ecoles parisiennes), pour une meilleure visibilité internationale.

 

L'Ecole des Mines est à l'origine d'ARMINES, association (loi 1901) de recherche contractuelle, partenaire de grandes Ecoles d'ingénieurs ; ARMINES a pour objet la recherche "orientée vers l'industrie" et sa mission est de gérer, mutualiser, les ressources, les moyens en personnel, équipement et fonctionnement des centres des recherche des Ecoles ; ARMINES a 500 salariés en propre, répartis dans plus de 50 laboratoires.

 

Les Matériaux représentent plus de 30 % de l'activité de recherche de l'Ecole des Mines (28 enseignants-chercheurs, 58 doctorants) ; les travaux portent sur la caractérisation microstructurale et mécanique des matériaux, l'étude et le développement de nouveaux procédés et traitements, la simulation numérique à différentes échelles du comportement des matériaux.

 

Yves Bienvenu présente l'activité "structures et mousses métalliques", équipe de 4 à 5 personnes animées par Dominique Bartou.

 

Le contrat sur les mousses métalliques de nickel est passé avec INCO, groupe minier canadien, exploitant notamment le nickel en Nouvelle-Calédonie.

 

Les mousses métalliques de nickel à cellules ouvertes sont destinées, de par leurs qualités spécifiques, à un très vaste marché :

 

-         elles sont légères, conductrices, elles assurent la structure mécanique du bâton de piles : marché des batteries pour portables et pour voitures.

-         elles sont creuses, et peuvent accueillir des gaz, des poudres : marché des filtres à particules.

 

La fabrication des mousses est expliquée.

 

Il s'agit ensuite de caractériser ces mousses à l'échelle microscopique, en 2 D (grâce à un logiciel mis au point par le Centre de Morphologie Mathématique de l'Ecole des Mines à Fontainebleau), ou par tomographie aux rayons X, qui permet une reconstruction en 3 D.

 

Yves Bienvenu détaille les applications des mousses aux filtres à particules des moteurs diesel, pour lesquels les normes européennes deviennent drastiques.

 

Les études portent sur le taux de capture des particules par différentes mousses (en nickel pur ou alliées), sur leur résistance à la poussée de chaleur lors de la régénération du filtre, sur leur comportement vis à vis des sollicitations mécaniques du véhicule, etc.

 

Les divers résultats obtenus au Centre des Matériaux ont conduit à la mise sur le marché de batteries de voitures (Varta, Volvo, Prius) et de filtres à particules (TELECO, en deuxième monte); de nombreux emplois ont été générés.

 

De nouvelles applications des mousses métalliques émergent : utilisation dans les piles à combustible (élimination de l'eau), récupération des métaux lourds dans les effluents, blindage électromagnétique.

 

 

 

Questions/réponses :

 

-         sur l'avantage des filtres en profondeur par rapport aux filtres de surface : la régénération est plus espacée

-         diminution des oxydes d'azote : faite par le catalyseur

-         recyclage des pots usagés : une usine en Hollande les déchiquette et les récupère

-         quid de la concurrence chinoise ? : oui, elle existe (INCO lui-même fabrique aussi en Chine car la main d'œuvre entre pour 35 % dans la fabrication des mousses), mais la meilleure qualité est européenne, et l'avance technologique est maintenue en greffant de nouvelles fonctions aux mousses chinoises…

-         exclusivité du contrat avec INCO : totale, sur tous domaines, 5 ans après la fin du dernier contrat ; le montant annuel du contrat est de 20 M €

-         mousses d'autres métaux ? : oui, un brainstorming a été conduit avec Arcelor sur des mousses de cuivre ; une société fait des mousses de cuivre pour des planches de circuit imprimé

-         rapport avec Bolloré, qui réfléchit à de nouvelles batteries : non pour INCO, ne sait pas pour autres

 

Il est précisé que le Centre EDF des Renardières a participé à l'amélioration énergétique des fours servant à fabriquer les mousses.

 

 

Intervenant : Eric Louis, directeur d'ARIPA, Moret sur Loing

 

ARIPA est née il y a 23 ans, d'une équipe issue du Lycée Technique de Champagne sur Seine.

 

Sa forme juridique est celle d'une association.

 

Les locaux sont à Moret sur Loing ; un déménagement est prévu pour laisser la place à une  pépinière, issue d'une initiative lancée par ARIPA.

 

C'est un Centre de Ressources Technologiques qualifié, dont les missions consistent à transférer ou à proposer des processus de fabrication innovants vers les PME/PMI franciliennes, dans les domaines de la mécanique, de la robotique, de l'informatique, de la thermique.

 

Tous les résultats des études appartiennent à 100 % aux entreprises.

 

La force d'ARIPA est son réseau de partenaires.

 

Le C.A en 2005 a été de 2,5 M €, pour des prestations dont 30-40 % sont réalisées en Seine & Marne ; 25 personnes sont employées, dont 50 % avec la qualification d'ingénieur.

 

Sur une mission, ARIPA assure la maîtrise d'œuvre complète de l'innovation industrielle : cahier des charges, inventaire des conséquences de l'innovation, recherche de subventions, etc. : il s'agit de faire simple et pertinent.

 

Eric Louis présente 5 réalisations d'ARIPA :

 

- Pour l'Institut Curie : il s'agissait de piloter un robot 6 axes pour positionner le patient atteint d'une tumeur au cerveau, afin que la protothérapie vise très précisément (requis : 1/10 de mm dans l'espace) la cible. ARIPA a développé la commande du robot, avec validation de toutes les sécurités (mécaniques, électriques, trajet du flux de protons, etc.).

 

Un développement analogue est en voie d'intégration pour traiter les tumeurs de l'œil.

 

D'autres challenges, via des partenariats, sont recherchés (cyclotron, bras isocentrique).

 

- Pour Renaud Laser (Nemours) : conception de l'architecture mécanique portant des sources laser pour gravage.

 

- Kromaton : la société résulte d'un essaimage d'une équipe de l'INSERM ; la théorie d'un chromatographe en phase liquide y avait été développée, la maquette était validée. Un prototype avait été réalisé avec un IUT. Le rôle d'ARIPA a été de permettre le passage à la production en série du chromatographe. La société fabrique ainsi une vingtaine d'appareils par an, tous adaptés aux besoins spécifiques du client.

 

- Chenilles de tracteur : toutes les fonctions permettant le déroulement de bandes de caoutchouc, leur enroulement, la vulcanisation, ont été automatisées et sécurisées par ARIPA; un atelier complet de fabrication de pneus est envisagé.

 

- Béquilles médicales : une machine automatique de distribution et d'assemblage de tous les composants d'une béquille (embase, tubes, poignée, …) et son étiquetage a été réalisée. Le fabricant est positionné sur le haut de gamme et la machine devait produire des béquilles à un prix compétitif par rapport aux Chinois, ce qui est le cas, et le fabricant a même récupéré l'assemblage d'un concurrent.

 

Eric Louis termine en annonçant la transformation d'ARIPA en Coopérative d'Intérêt Collectif, afin de renforcer sa structure financière.

 

Questions/réponses :

 

-         sur les projets de croissance d'ARIPA : il faut parfois mettre à l'écart certains projets, par manque de capital

-         cas de mise en relation du client ayant un problème nouveau avec les organismes de recherche : si cela arrive, c'est le CRITT qui se charge de cela

-         veille technologique : assurée sur certains travaux, en interne ; sur le projet de l'Institut Curie, cette veille est assurée par les physiciens

 

Commentaire de Michel d'Halluin : cet exposé est passionnant, ARIPA est un acteur indispensable du développement tel que prôné par Pôle Sud 77 ; toutes les régions qui ont réussi ont eu des structures de ce type. Il semble que le thème "robotique" serait transversal.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Retour sur les objectifs de Pôle Sud 77 et rappel des étapes passées et à venir, par Denis Oulés

 

La première réunion de présentation (par une dizaine de responsables des 2000 chercheurs  du grand Gâtinais) de thèmes de recherche a eu lieu le 11 mai 2005 à Vulaines sur Seine; une deuxième réunion le 29 juin avait ouvert un débat sur le choix d’un axe de spécialisation bénéfique pour des industriels locaux. Une troisième réunion à huis clos des responsables de recherche ici même à l’Insead le 29 septembre a mis en évidence une conjonction d’intérêts pour l’acoustique.

 

Bernard Eid explique comment la science acoustique irrigue des champs très vastes d’applications technologiques dont les progrès innovants peuvent générer de nouveaux produits sur des marchés de masse :

 

1. Micro et nano acoustique ultrasonore

Depuis trente ans, le traitement d’un signal acoustique ainsi que de nouveaux matériaux ont permis de développer de nouvelles technologies et produits dans des domaines aussi différents que la médecine (imagerie, chirurgie) et les télécommunications (sans-fil). De nouvelles opportunités apparaissent comme par exemple, l’élastographie pour les tissus biologiques, la chirurgie utilisant le principe de miroir à retournement temporel, les composants à ondes acoustiques de surface intelligents pour la détection de molécules (domaines de la chimie ou de la sécurité) ou le traitement de signaux (télécoms, sécurité et encryptage).

2. Maîtrise et réduction du bruit

L’utilisation de matériaux et composants acoustiques intelligents (passifs ou actifs) va se généraliser pour répondre au besoin croissant de la maîtrise et de la réduction des nuisances sonores. Les domaines d’applications sont innombrables ; citons l’industrie du bois, les transports, le bâtiment et les matériaux de construction.

3.     Gestion de ressources

Les composants et transducteurs sonores et ultrasonores permettent

d’identifier, mesurer ou suivre des ressources, éléments , besoins ou phénomènes aussi variés que le plancton, les poissons, les courants marins, les bâtiments sous-marins, la défense des côtes, la pollution marine, les ressources souterraines, la météorologie, le bruit urbain, le vieillissement de bâtiments, infrastructures, pipelines, etc. L’acoustique est donc une technologie clé pour la gestion de ressources ou la maîtrise de phénomènes à grande échelle (océans, croûte terrestre, atmosphère, urbanisation, structures sensibles…)

L’utilisation de composants acoustiques en temps réel est l’étape suivante pour améliorer la gestion et l’exploitation de ces ressources.

4.     Hyper réalité et psycho acoustique

Les technologies de création et d’enregistrement des sons ont considérablement évolué dans les années 70 (synthétiseurs et digitaliseurs de sons) et 80 (disques compacts). Depuis, malgré l’introduction de systèmes de haut-parleurs dits « surround » (format 5.1 et 7.1), la reproduction des sons est restée à la traîne.

Aujourd’hui de nouveaux produits et prototypes émergent (casques, haut-parleurs directionnels, murs sonores actifs) et permettront non seulement de contrôler et d’influencer l’environnement acoustique à la maison et dans les salles de concert (i.e. l’hyper-réalité acoustique) mais aussi de développer de nouveaux modèles quant à l’influence des sons sur le mental et la psychologie de l’être humain, voire de nouvelles thérapies.

 

Denis Oulés insiste sur le fait que beaucoup d’innovations potentielles, pressenties par Bernard Eid, peuvent bénéficier à de nombreux industriels de la région, sans qu’ils aient aujourd’hui conscience de ces potentialités : Pôle Sud 77 veut réunir des atouts et mettre en réseau des ressources pour doper leur développement.

 

Bernard Templier explique que la directive européenne 2002/49/CE pour la réduction du bruit dans l’environnement a initié une dynamique industrielle que notre région a tout intérêt à canaliser. Les grandes agglomérations et les grands axes de transport des 25 pays européens ont l’obligation de réaliser une cartographie des bruits de l’environnement public, puis de réaliser des actions de réduction du bruit : les développements du deuxième type esquissés par Bernard Eid répondent à cet objectif.

Il informe que la Région Ile de France a créé une association Bruitparif (www.bruitparif.fr) sur le modèle de Airparif dont le président est un élu de Moret sur Loing pour accompagner les actions de cette directive dans un calendrier contraignant.

Bernard Templier poursuit en notant que notre région manquant de structure d’accompagnement pour la genèse de projets d’entreprises innovantes à fort potentiel, Pôle Sud 77 a initié la réunion de plusieurs acteurs (dont la chambre de commerce et d’industrie) pour se doter d’un dispositif pouvant répondre à de tels besoins.

Enfin il précise que quatre membres du bureau de l’association Pôle Sud 77 (Martine Huet, Xavier Regnaut, Denis Oulés et lui-même) ont suggéré publiquement cette stratégie de développement économique s’appuyant sur l’acoustique dans la rencontre territoriale du 21 mars (en Seine & Marne) pour le schéma régional de développement économique.

 

Denis Oulés conclut en remerciant les intervenants (Yves Bienvenu, Daniel Broussaud, Eric Louis), et aussi les bénévoles de Pôle Sud 77 : Martine Huet qui a conçu le logo et rédige les comptes-rendus des Synapses, Philippe Schwab qui assure l’accueil de nos réunions, Bernard Eid dont on observe le remarquable travail sur des projets de R&D, Bernard Templier trésorier rigoureux de l’association et complice de nombreux contacts institutionnels, Françoise Lhermitte qui gère le site Web, Ludo Van Der Heyden qui avait personnellement offert le pot de fin des premières synapses du 5/11/05…

 

Il donne rendez vous pour les 4° synapses, en principe le 23 mai avec le témoignage du Directeur R&D de Hutchinson, peut être dans le cœur du Gâtinais en limite de la Seine & Marne et du Loiret.

 

Et il invite les participants  à poursuivre les échanges autour d’un verre offert cette fois par l’institution INSEAD qu’il remercie à nouveau pour son accueil.

 

 

M.H/28.03.06