
12 juin
2006
Abbaye de Cercanceaux, Souppes sur Loing
Les Synapses ont été précédées,
pour ceux qui le désiraient, d'une visite de l'Abbaye, conduite par Michel
Ballot, secrétaire de
l’association des amis de l’abbaye de Cercanceaux.
1. Accueil par M. Jean-Claude Thébault, Maire de Souppes sur
Loing
Monsieur le Maire souhaite la
bienvenue aux participants, déclare son intérêt pour toute initiative visant à
favoriser le développement économique de sa région.
2. Denis Oulés, Président de Pôle
Sud 77 (www.polesud77.asso.fr)
Denis Oulés
remercie Bernard Jamet, propriétaire
des lieux pour son accueil généreux, et Michel Ballot pour l’organisation de la
visite et des facilités de réunion.
Il rappelle les objectifs de Pôle
Sud 77 et des Synapses :
3. Intervenant : Gilles Argy,
Directeur R&D d'Hutchinson (Montargis) (www.hutchinson.fr/fr/qui/rechdev.asp)
Gilles Argy est également
président du réseau de recherche et d'innovation technologiques "matériaux
et procédés" animé par le ministère de la Recherche.
Des vues de la présentation très complète de Gilles Argy
sont disponibles, sur demande, auprès de l’association Pôle Sud 77.
Nous retenons ici quelques points
saillants de son intervention :
Hutchinson est un groupe industriel français fondé en 1853 par
Hiram Hutchinson, intégré au Groupe pétrolier TOTAL depuis 1983, spécialisé
dans la transformation des polymères
(caoutchouc, matières plastiques,…) pour 3 secteurs d’activités :
•
Automobile (transfert
de fluides, transmission, antivibratoire, étanchéité, mastics et adhésifs)
Partenaire des principaux constructeurs mondiaux
Ø
Caoutchoucs Modernes, Catelsa, Desmarquoy, Hutchinson,
LJF, Paulstra,…
•
Industrie (antivibratoire,
étanchéité, mastics et adhésifs, système de mobilité, transfert de fluides,
système de visualisation)
Intervenant de l’industrie aérospatiale, du ferroviaire, du bâtiment et de
la défense.
Ø
Barry Controls,
Espa, JPR, LJF Stilman,
Hutchinson, LJF, Paulstra, Stop-Choc,
Techlam, Jehier,…
•
Grand Public (travaux
de la maison : éponges, gants ; puériculture : tétines, biberons ;
santé : préservatifs, gants médicaux ; sports et loisirs : pneumatiques, chambres à air vélo et moto)
Fournisseur de produits qui accompagnent l’homme dans certaines de ses
activités quotidiennes.
Ø
Mapa, Hutchinson, Nuk, Tigex,
Spontex,…
Gilles Argy
présente des photos montrant l’usage des produits dans tous ces domaines, et
précise qu’Hutchinson ne fabrique plus de pneus depuis 1920, hormis pour le
vélo (0,5 % du chiffre d'affaires ; célèbre grâce au Tour de France).
En 2005, le chiffre d’affaires était
2800 M€, avec 28000 collaborateurs sur 120 sites dans 25 pays du monde et 150
M€ d’euros consacrés à la recherche-développement (1850 collaborateurs).
En 1983 l’entreprise ne comportait
que quelques usines désuètes près de Montargis, perdant de l’argent sur des
produits sans avenir (semelles de chaussures…), et sans investissements de
recherche : elle était condamnée.
En vingt ans, elle a été
métamorphosée avec l’abandon des produits à faible valeur ajoutée, la
concentration sur des secteurs à forte technicité (transport, défense,
aérospatial…), la croissance des marques grand public (Spontex,
Mapa…), la récente délocalisation de fabrications
matures quand c’est nécessaire, et surtout des moyens importants en Recherche
& Développement pour préparer l’avenir.
Depuis 1985, les résultats sont
positifs (et ont atteint 5,5 % du CA en 1995 !), les effectifs en France
sont accrus de 50 % avec dix usines de plus, et le budget R&D a été
multiplié par 15 (pour un CA multiplié par 5).
Le choix constant d'Hutchinson est
de "faire des choses que les autres ne savent pas faire", avec
"le pessimisme de l'intelligence et le dynamisme de l'action".
Plus de la moitié des produits de
2005 n’existaient pas en 1985 : c’est ainsi qu’Hutchinson est devenu
leader mondial du caoutchouc en vendant pour deux tiers à l’étranger alors
qu’en 1985, ce rapport n’était qu’un tiers.
Gilles Argy
explique la stratégie équilibrée de son groupe entre son environnement social
(état, collectivités territoriales, syndicats, médias…), actionnaires, collaborateurs
(les premières richesses de l'entreprise sont ses hommes), environnement
physique (meilleures pratiques pour traiter les déchets, produire en site
propre…) ses fournisseurs et ses clients
(deuxième richesse de l’entreprise).
Les délocalisations sont
nécessaires, soit pour produire près du client final, soit pour produire à
moindre coût en se réservant en France les produits innovants (les coûts de
main d’œuvre sont deux à trois fois plus faibles en Europe du Sud, 6 fois plus
faibles en Europe de l’Est et Amérique du Sud, 10 à 20 fois plus faibles en
Asie !). L’innovation permettant d’éviter des délocalisations doit donc être
associée à la robotisation.
La
stratégie des produits prix est basée sur 4 postulats :
Quand un produit n’est pas breveté
et ne dispose pas d’un fort savoir-faire, on considère que l’effet
"HUTCHINSON" (qualité, sécurité…) ne dépasse pas 5 % du prix du
produit (secteur Auto et Industrie).
Les achats représentant près de 50%
du chiffre d’affaires, une politique rigoureuse d’optimisation des achats a été
mise en place avec cependant certains garde-fous :
–
la sécurité et la
régularité des fournitures
–
la qualité des produits (assurance
qualité fournisseurs)
–
l’assurance que les
produits ont été fabriqués selon les règles éthiques internationales (non
travail des enfants,…)
–
à l’état encore
embryonnaire, le respect du Développement Durable par nos fournisseurs
Si
la part de main d’œuvre directe d’un produit dépasse 15-20 % il est en zone de
danger orange, à 25-30% il est en zone rouge.
D’ou un certain nombre de questions et de mesures :
–
Peut-on simplifier les
produits ? (économie de matériaux, temps de fabrication…)
–
Peut-on automatiser la
fabrication et augmenter la productivité ?
Si oui et si les gains sont
substantiels, la production peut se poursuivre dans les pays à coût de MO élevé
mais, souvent partiellement, avec un début de délocalisation dans les LCC
(exemple : durits d’eau pour l’automobile)
Si c’est insuffisant, l’alternative
est alors la suivante : délocalisation totale dans les LCC, ou arrêt
progressif des fabrications en prenant comme critère la gestion des personnels
HUTCHINSON fait appel au maximum
(souvent dans le cadre de partenariat et / ou de contrat) à des sous-traitants
dans un souci de baisses des coûts liées au professionnalisme des intervenants
-
Intermédiaires de
production (moules,…)
-
Transports et logistique
-
Entretien
-
Maintenance des
installations
-
Fourniture d’énergie
Gilles Argy
explique aussi la stratégie des marques (déterminante pour les marchés grand
public).
Il répète que la
devise officielle du Groupe est « HUTCHINSON, la force de
l’Innovation » : c’est le moteur de sa différentiation par rapport à
ses concurrents, avec quatre grands axes :
–
La simulation numérique
–
Les matériaux
–
Les procédés
–
Les produits
Et,
au total, des dizaines de projets R&D.
Il illustre par de très nombreux
exemples et photos ces recherches (off-shore pétrolier, armement, robots,
modélisation, etc.) : l’objectif est d’être différents des autres en faisant en sorte que cette différence soit
perçue par les clients de façon positive !
•
Il suffit de reprendre la
liste des relations Entreprise-Clients et de faire
son marché pour se rendre différent des autres
–
les marques
–
la technologie
–
le prix
–
la sécurité / logistique
•
HUTCHINSON a clairement
choisi la différenciation par la technologie comme premier critère de
différenciation. Gilles Argy se dit toujours
convaincu que c’est un bon choix mais attention : il faut des armes pour
monter en puissance et atteindre le bon niveau (moyens financiers, centres
techniques, recrutement des personnels…)
Ce n’est pas le choix que l’on peut
faire lorsque l’on a une épée dans le dos
Et il conclut qu’il ne faut jamais
désespérer d'une situation : nombre d'entreprises françaises ont réussi, grâce
à la volonté de quelques hommes et à des équipes talentueuses.
Oui, les
entreprises françaises ont encore un avenir et la Recherche & le
Développement est un facteur-clé – peut-être LE facteur-clé - pour conserver
des activités industrielles dans notre beau pays.
Monsieur le Maire de Montigny
rappelle les conflits sociaux chez Hutchinson dans les années 60 et souligne la
capacité de l'entreprise à les avoir résolu.
Gilles Argy
précise que la R&D chez Hutchinson est un volet de la stratégie du groupe ;
ainsi, toutes les sociétés du groupe (proches des demandes et besoins du
client) sont-elles consultées pour élaborer les programmes de recherche. De
même, il n'y a pas d'essaimage : les idées sont gardées au sein du groupe,
couplées avec le marketing.
Gilles Argy
déplore les lourdeurs, les freins d'une administration Française tatillonne et
compliquée, qui conduit notre pays à ne consacrer que 2 % de son PNB à la
R&D (3 % au Japon et en Finlande, 4 % en Israël).
Denis Oulés conseille à ce propos
le livre de Christian Blanc : "La croissance ou le chaos".
La délocalisation peut être
considérée comme un échec, si elle n'est liée qu'à la pression des coûts : on
n'est ainsi pas différents des autres.
Hutchinson ne met pas de veto à
rendre des services ou à collaborer avec des entreprises locales ou des réseaux
locaux (ex : plate-forme de Montargis sur la recherche anti-vibratoire), mais
travaille avant tout pour ses clients.
4. Intervenant : Pascal Iris, Directeur général d'Armines, PDG de Transvalor. (www.armines.net)
Pascal Iris, revenant sur les
propos précédents, souligne qu'il y a un malentendu : les grands groupes
doivent "faire leur business", alors qu'on attend d'eux qu'ils
fassent du local. Un dispositif tel que le SBA aux Etats-Unis pourrait
favoriser les petites entreprises locales.
La présentation de Pascal Iris est
accessible sur www.polesud77.asso.fr
Armines,
association loi 1901, se consacre à la gestion et à l'animation de la recherche
partenariale de l'Ecole des Mines. Transvalor SA,
filiale d'Armines est dédiée à la valorisation
commerciale des résultats de la recherche.
Pascal Iris détaille comment la
recherche scientifique (équations d'écoulement des milieux élasto-visqueux),
conjuguée à des méthodes numériques (maillage par éléments finis) ont conduit à la
commercialisation d'un logiciel améliorant la compétitivité d'une industrie
très traditionnelle : la forge.
Pascal Iris souligne que le monde
de la recherche est à la fois en amont du marché et loin du marché; le
véritable transfert doit se faire via un travail en continu.
Il est vrai que l'on crée moins
d'entreprises à partir des Ecoles en France qu'aux Etats-Unis : cela résulte
d'un contexte culturel.
Gilles Argy
confirme qu'Hutchinson a reçu plusieurs thésards provenant d'Armines, avec grande satisfaction. Il faudrait beaucoup d'organismes
tels qu'Armines.
Pascal Iris indique l'existence de
quelques homologues, mais plus petits (ex : Université Technologique de
Compiègne) ; avec la nouvelle loi sur la recherche, de nouvelles structures
(label Carnot) devraient voir le jour.
André Keller (Ecole des Mines)
cite deux exemples de sociétés issues des Centres de recherche de l'Ecole à
Fontainebleau : Morphosystèmes (dont nous avons reçu
le fondateur, Bernard Didier, lors des 2èmes Synapses), repris par Thomson-division Biométrie, et Géovariances,
basé à Fontainebleau, qui industrialise et commercialise des logiciels issus de
la géostatistique, vers l'industrie pétrolière et le secteur de
l'environnement.
5. Intervenants : Mario Charnay,
Maire de Ferrières en Gâtinais et Président du SIMAG : Syndicat Intercommunal
des Métiers d'Art en Gâtinais ; Anne-Claire Jacquet, SIMAG (http://metiers-art-gatinais.com)
La constatation est faite en 1998,
d'une déperdition des commerces et de l'animation dans quatre communes du
Gâtinais : Château-Landon, Dordives, Ferrières, Souppes.
Il est décidé, sous l'impulsion du
député J-P Charrier, de revitaliser les centres historiques de ces communes, en
y faisant s'installer des artisans et des artistes.
Le SIMA est créé, ici-même à l'Abbaye de Cercanceaux,
en novembre 2000.
Ses principales fonctions sont de
:
-
contacter les artisans et artistes, pour les amener à
s'installer dans les communes : aménagement d'ateliers d'accueil.
-
assurer la diffusion et la promotion de leurs œuvres
: campagnes d'animation, création de guides, de plaquettes, d'un site internet.
Organisation de salons et d'expositions.
-
assurer la pérennité et la transmission des savoir-faire
: salle de documentation pour les professionnels et pour les jeunes ; ateliers
de sensibilisation pour les scolaires.
-
créer et entretenir les liens avec d'autres régions ;
par exemple, programmes d'échanges européens (une ville allemande a commandé
des pièces de jardin à un artisan de Ferrières).
Une Maison des Métiers d'Art vient
d'ouvrir à Ferrières : exposition des réalisations des 40 artisans et artistes
; pas de vente possible dans cet espace public, ce qui constitue un handicap.
6. Intervenant : Martine Huet, Vice-présidente de Club
Invest 77 (www.clubinvest77.com)
Martine Huet explique brièvement :
-
ce qu'est un Business Angels :
personne physique disposant d'argent, de compétences, d'expériences, d'un
relationnel, de temps, etc… et prête à investir cet
ensemble dans un projet d'entreprise.
-
comment intervient un Business
Angel : en entrant minoritairement dans le capital d'amorçage d'une société, au
stade où ni les banques ni les capitaux-risqueurs ne s'aventurent. Il sort
généralement lors d'une deuxième levée de fonds par l'entreprise.
-
comment devenir Business Angel :
en rejoignant un club ou un réseau (voir www.franceangels.org), pour y
acquérir cette culture, pour avoir l'opportunité d'investir dans des projets à
fort potentiel.
7. Denis Oulés : comment
générer des emplois par création et vente de produits/services innovants pour
des marchés mondiaux? Comment générer des gazelles? (http://www.gazelles.pme.gouv.fr)
C’est la coopération de réseaux de
chercheurs (publics et privés) d’abord, puis d’entrepreneurs, d’investisseurs,
de formateurs de techniciens et ingénieurs, mais aussi de commerciaux et
managers, qui est le fondement de la création d’activités et donc
d’emplois : les pouvoirs publics ne sont là, avec des mesures fiscales ou
des aides pour des pôles de compétitivité que pour favoriser cette gestation.
Et bien sûr, les collectivités territoriales (les maires et communautés de
communes) qui maîtrisent les ressources foncières accueillent le résultat de
cette longue gestation.
Pour que tous les acteurs coopèrent
harmonieusement, Pôle Sud 77 propose qu’un thème fédérateur aimante toutes les
initiatives : c’est le choix de l’acoustique, ou science des vibrations de
la matière (sous tous ses états, et sous toutes fréquences).
8. Un thème prometteur : l'acoustique, par Bernard Templier
Ce choix est inspiré par le potentiel de
compétences de niveau mondial dans cette science chez Snecma à Melun, et chez
Hutchinson à Montargis.
Il est conforté par l’ouverture de
nouveaux marchés tirés par la récente directive européenne qui demande à toutes
les grandes villes et gestionnaires de grands moyens de transport de faire une
cartographie des bruits environnants d’abord, et des actions de réduction du
bruit ensuite.
Des résultats récents de recherche
fondamentale trouvent des applications dans de très nombreux domaines : un
exemple était présenté aux 2° synapses avec le contrôle non destructif de métaux
pour les moteurs de Snecma, et aujourd’hui dans certains produits de
Hutchinson.
Avec Bruitparif
pour les ingénieurs des villes d’Europe, et avec l’Insead
pour les fabricants de produits manufacturés bruyants, il est possible de
diffuser des stratégies qui se nourriront de notre spécialisation dans les
technologies acoustiques.
9. Stratégie pour initier un
campus d’excellence acoustique, par Bernard Eid
Trois familles de produits sont
proposées par Bernard Eid :
Pole Sud 77 propose une étude spécifique
pour concevoir ces projets, puis son assistance à maîtrise d’ouvrage pour leur
réalisation par les pôles de compétitivité de l’Ile de France.
10. Futures étapes, par Denis
Oulés
Après
l’étape décrite par Bernard Eid (programme ACOUSYSTEME de projets), nous
proposons un dispositif d’accompagnement de starts-ups
innovantes et à fort potentiel qui manque au Sud de Paris, puis des formations
de plusieurs niveaux en acoustique (pour les villes d’Europe, mais aussi pour
l’industrie), associées bien sûr à des équipes de recherche académique.
Cet
ensemble formation/recherche suggère la création d’un lieu de démonstration des
meilleures technologies des industriels fondées sur l’acoustique :
ACOUNOMIA
Parallèlement,
un recensement des problèmes des PMI locales pouvant trouver une solution par
l’innovation en général (et celles en lien avec l’acoustique en particulier)
renforce l’intérêt de créer un point focal de mise en relation des meilleures
compétences acoustiques au monde avec les entreprises ou responsables de projet
exprimant des besoins dans ce domaine (faisant aussi de la veille et
intelligence économique pour les acteurs du Gâtinais): un POINT FOCAL
ACOUNOMIQUE
11. Conclusion : Michel
Ballot
Michel
Ballot rappelle l’action de l’association des amis de l’abbaye de Cercanceaux,
et cite une réflexion de Teilhard de Chardin : «Je découvre une importance
toujours grandissante au principe de la recherche obligatoire. Ce n’est
pas seulement, donc, l’enthousiasme pour le Cosmos qui doit nous entraîner à la
poursuite du Progrès (justifié, reconnu saint ou du moins sanctifiable) :
il existe une loi naturelle, primaria,
assujettissant en conscience, l’homme raisonnable à explorer jusqu’au
bout le domaine de ses connaissances et de sa puissance, pour s’assurer
qu’il n’omet aucun moyen de savoir qui il est, où il va, ce qu’il doit faire, -
aucune ressource pour s’accroître et améliorer sa situation». (Note 22.4 Lettres intimes, page 116
- lettre du 5 août 1916 - Teilhard de Chardin).
MH/12-06-06