Les
Synapses de Pôle Sud 77
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Cette conférence est la première d'un cycle de rencontres visant à regrouper périodiquement, autour d'un invité renommé et avec des témoignages, tous les acteurs de l'économie locale (recherche publique et privée, enseignement, entreprises, investisseurs) afin de susciter des projets communs fructueux.
Accueil : par
Arnoud de Meyer, Professeur et Vice-doyen de l'Insead
L’Insead fait
bénéficier ses étudiants MBA (300 à Fontainebleau et 150 à Singapour, deux fois
par an) d’un enseignement « Entrepreneurship » illustré par des
projets réels de créateurs d’entreprises, orchestré à Fontainebleau par Filipe
Santos (Cf. 4 ci-après).
L’Insead assure une
formation multiculturelle pour des cadres dirigeants venant de tous pays, mais
soutient toute initiative locale qui est l’illustration des processus
enseignés.
Rappel des objectifs
de la démarche et des actions engagées : par Denis
Oulés, Président de Pôle Sud 77
L‘activité économique d’un
bassin d’emploi se développe en combinant innovation, formation, entrepreneurs
et investisseurs. Des actions « top-down » (ressources pour recherche
académique, structures d’enseignement, de gestation pour jeunes entreprises…)
sont à conjuguer avec des actions « bottom-up » (valorisation du
savoir faire et des atouts locaux, du potentiel de recherche et du dynamisme
des étudiants…) pour tendre vers l’excellence du territoire sur un domaine
privilégié.
La
chance de notre bassin d’emploi du Sud Seine & Marne est qu’il héberge un
potentiel important d’innovation (2000 chercheurs sur une dizaine de centres)
et de formation propice au développement d’activités nouvelles (Insead, Ecole
Supérieure de Commerce International d’Avon, Esigetel…) : aujourd’hui,
notre rencontre veut favoriser cette fertilisation croisée entre acteurs locaux
de l’économie de demain.
(Directeur
de Recherche à l'Ecole Supérieure de Physique et Chimie de Paris, J. Lewiner
gère 140 brevets dont il est propriétaire et est le créateur de nombreuses
start-up)
J.Lewiner, sollicité sur le thème
"De l'idée au produit et au marché..." rappelle que l'ESPCI, dès sa
création à la fin du 19ème siècle, était favorable aux relations
entre la recherche et l'industrie : Pierre et Marie Curie, considérés comme chercheurs
"purs et désintéressés" par le public, ont déposé un grand nombre de
brevets pour valoriser certains résultats de leur labeur.
La recherche recèle un potentiel
énorme de procédés, de savoir-faire, dont les chercheurs, pris par leur travail
quotidien, n'ont même pas conscience: les laboratoires publics recèlent des
brevets qui dorment dans les placards tandis que les laboratoires privés ne
savent pas valoriser les leurs sur des marchés autres que leur cœur de métier.
Le chercheur qui souhaite passer
de l'idée au produit ne doit pas se contenter de s'adresser au service « Valorisation »
de son organisme, souvent lourd administrativement et peu réactif : il doit
agir lui-même. Il doit prouver d’abord que l’idée est bonne et la démarche
viable ; ensuite il sera toujours temps de régler les éventuels problèmes réglementaires.
Le chercheur est le mieux placé pour convaincre l’industriel de l’intérêt de
son idée.
A travers quelques exemples, J.
Lewiner explique comment le chercheur doit se comporter envers le monde de
l'entreprise : négocier avec la direction industrielle ou commerciale (et non
pas avec la direction de la recherche !), savoir que le premier brevet est
rarement le bon (donc être prêt à écouter les problématiques de l'industriel),
bien savoir valoriser sa propre compétence.
L’inventeur doit axer son énergie
sur la valorisation de sa valeur ajoutée
et ne pas chercher à faire ce que les autres dont c’est le métier font mieux
que lui. Sa principale caractéristique doit être la curiosité et il doit se focaliser sur le problème à résoudre.
En cas de grand succès d'un brevet
dont on a vendu la licence, l'industriel peut finir par rechigner à verser les
royalties, pendant que dans le même temps, on lui demande de serrer ses coûts
de fabrication : la solution consiste, suivant l'exemple de J. Lewiner, à gérer
et négocier soi-même l’usage de ses brevets plutôt que d’accorder des licences
d’exploitation à des tiers.
En matière de gestion
d'entreprise, J. Lewiner conseille une "recette à l'ancienne" :
gagner plus que ce que l'on dépense et s’entourer de compétences
complémentaires et motivées.
Dans le même esprit, l'appel aux
investisseurs doit s'effectuer en cours de route, "ni trop tôt, ni trop
tard", sous peine de diluer le capital au détriment du créateur.
La collaboration entre recherche
et industrie implique la réactivité du chercheur face aux exigences de
l’industriel.
Pour conclure, J. Lewiner affirme
que l'aventure entrepreneuriale est passionnante : le monde est ouvert, avec
des possibilités énormes ; à condition d'être curieux, d'avoir une idée ou une
valeur ajoutée bien protégées, même sur un petit créneau, on peut réussir,
malgré les blocages ou les défaitistes.
J. Lewiner prône une très grande
souplesse générale vis-à-vis des règlements, des règles, des statuts: ne pas se
laisser arrêter par de "faux problèmes"...
J. Lewiner répond à quelques questions
de la salle sur la propriété industrielle.
Sur la relation entre PME et
grands comptes il regrette les pratiques des acheteurs qui appliquent à la
technologie les pratiques de la grande distribution. Une telle démarche est
peut-être rentable à court terme mais elle risque surtout de tuer l’innovation
et met en péril l’entreprise à long terme.
Les intervenants locaux de
Synapses :
1. Bruno Gérard, société
Oxand à Avon
Oxand offre des solutions
(systèmes d’information, monitoring et conseils) pour optimiser la maintenance
des grandes infrastructures dans les secteurs de l’énergie (pétrole, hydraulique,
nucléaire…), et des transports (autoroutes, ponts, tunnels, ports…).
Il s'agit de fournir au client une
identification et une quantification des risques, d'anticiper les effets de vieillissement
et de mesurer l'efficacité des solutions proposées, tant en termes techniques (réduction
des risques) que financiers (réduction des coûts).
Créée en août 2002, Oxand réalisera 1,7 M€ de C.A fin 2005.
Bruno Gérard rappelle son parcours
(Docteur en Génie Civil ENS Cachan, ingénieur chercheur responsable du
laboratoire des bétons à EDF jusqu’en 2001) et retient de son expérience d'entrepreneur
quelques leçons :
- ne pas sous-estimer
l'organisation ni les barrières psychologiques : p.e partager avec un
partenaire n'est pas évident.
- rechercher des clients est plus
important que solliciter des aides publiques ou des subventions.
- savoir recruter des gens plus
efficaces que soi.
- corrélativement, savoir se séparer
de quelqu'un qui ne répond pas aux besoins de l'entreprise.
2. Victor Augais, MBA
Insead 2004, fondateur d'Urban Football
Désireux de créer son entreprise,
mais n'étant ni chercheur ni ingénieur, Victor a cherché un produit disposant
d'un avantage concurrentiel (un marché, pas d'offre) et dont le Business model
avait déjà fait ses preuves.
Par le réseau de l'Insead, il a eu
connaissance d'une offre de loisir (jeu du football à 2 X 5 joueurs) qui
connaît un grand succès en Grande-Bretagne : les terrains privés, outdoor ou
indoor, se louent à l'heure, et disposent d'aménagements annexes (bar,
restaurant).
Après une étude et une validation
du marché, Victor et ses associés ont dupliqué et adapté ce modèle à la France
; une première levée de fonds de 900 K€ auprès d'investisseurs particuliers
(dont les Business Angels de Club Invest 77) et un prêt bancaire de 1,25 M€
permettent d'ouvrir en ce mois de novembre un centre à Puteaux, suivi l'an
prochain d'un centre à Meudon.
Les conseils de Victor sont de :
- savoir que tout va être plus
long, plus dur, plus cher...que ce qui était prévu.
- savoir s'entourer et prendre des
conseils.
3. Gilles Vacher,
Président de Club Invest 77
La mission de Club Invest 77 (créé
en 2000, constitué en association loi 1901) est de permettre à ses membres
d'acquérir, progressivement et ensemble, une culture de Business Angels et de
leur présenter pour investissement des jeunes sociétés à caractère innovant et
à fort potentiel.
Les Business Angels participent de
manière minoritaire au capital de la société et l'accompagnent de leurs
conseils durant son développement.
Exclusivité est donnée aux projets situés en Ile de France, ce qui fait de Club Invest 77 un acteur du réseau local de la création d'entreprises.
Les membres du Club (au nombre de 25) ont des profils variés, ce qui assure un enrichissement mutuel et une démultiplication des compétences et du relationnel.
Fin 2004 a été créée la Société de Capital-risque "Business Angels 77" pour mutualiser les investissements et les risques, et augmenter le montant unitaire par entreprise financée.
Quatre entreprises (dont Urban Football) sont financées et accompagnées à ce jour par Club Invest 77.
4. Filipe Santos, Insead, et Pierre Jouvelot, Ecole des Mines, Fontainebleau
Filipe Santos, professeur de Victor Augais durant son MBA en 2004, rappelle le dynamisme et les qualités de celui-ci. Un bon entrepreneur doit avoir un rêve et savoir convaincre.
Filipe Santos présente l'enseignement de l'Insead en matière de création d'entreprises : ce MBA se répartit sur 10 mois très intensifs ; il concerne 900 étudiants (dont 300 à Singapour) par an en deux promotions et est très demandé.
Une cinquantaine d'étudiants créent immédiatement leur entreprise après leur MBA, dont deux à trois seulement en région parisienne.
Un réseau d'organisations (Insead Entrepreneurship Club, Entrepreneur in Residence Program, Alumni Venture Network Website) fournit des contacts en coaching, "role models" et fonds aux futurs créateurs.
Filipe insiste sur le fait que les étudiants suivant les cours en même temps qu'ils conçoivent ou développent leur projet d’entreprise, peuvent concilier leur formation avec un développement réalisé en coopérant avec des entreprises locales.
Les contacts et les partenariats avec les chercheurs sont encouragés : ainsi Pierre Jouvelot évoque-t-il cinq projets potentiels communs à l'Insead et aux centres de recherche de l'Ecole des Mines.
Intervention de Michel d’Halluin, maire de Remauville : la démarche de Pôle Sud 77 est
un message d’espoir. Il veut s’associer avec d’autres communes pour engager des
actions concrètes favorisant la création et l’accueil de jeunes entreprises du
type précité.
Choix d'un axe de
développement technico-économique
Denis Oulés rappelle qu'une des
missions que s'est donnée Pôle Sud 77 est d'identifier un axe, un fil
conducteur, qui pourrait guider un développement économique tiré par la
recherche et ses innovations : il permettra de hiérarchiser des allocations
de ressources et d’orienter des investissements structurels publics, et génèrera
des transferts de technologies vers les marchés par création de nouvelles
lignes de produits dans des entreprises locales ou de jeunes entreprises
innovantes.
Ainsi naîtra un pôle
d’excellence recensant savoirs, acteurs et facteurs concurrentiels, pour
mutualiser des atouts, mûrir des projets et incuber de nouvelles activités…
Bernard Templier souligne qu'à
l'issue des réunions de Vulaines, une orientation générale vers le
développement durable était préconisée.
Une rencontre ultérieure avec
les responsables de recherche a permis de cibler l'acoustique comme
thème fédérateur et porteur possible.
Ce thème concerne déjà des
entreprises locales telles SNECMA et EDF pour leurs propres besoins : il
est nécessaire d'étudier et de proposer une coopération, une ouverture, un
transfert vers des besoins ou des demandes autres. L'exemple de la réduction du
bruit des éoliennes est donné.
Ce domaine répond à des
attentes sociétales fortes et concourt au développement durable
Bernard Eid esquisse une
"feuille de route" qui pourrait être suivie : état de l'art,
identification des meilleurs labos, détection d'innovations pouvant générer des
produits, demande du marché, demande sociétale, etc.
Il semblerait que certaines
technologies de ce domaine soient recensées comme importantes dans l’enquête en
cours (du ministère de l’industrie) pour l’horizon 2010, et il apparaît
qu’aucun des cinquante cinq pôles de compétitivité labellisés par le récent
CIACT n’a choisi ce thème comme axe majeur.
Les développements possibles
dans ce thème (par exemple les capteurs acoustiques) seraient très utiles pour
le pôle « Ville, Mobilité Durable » voisin du Nord Seine & Marne,
et sans doute attendus par le pôle mondial « System@tic » d’Ile de
France (tout système comprend des capteurs d’informations, des logiciels, et
des actionneurs…).
Denis
Oulés remercie l’Insead (Arnoud de Meyer, Ludo Van Der Heydin, Filipe Santos)
pour leur accueil et appui, Jacques Lewiner pour son brillant et tonique message,
Bruno Gérard, Victor Augais et Gilles Vacher pour leurs témoignages, et invite
tous les participants présents à poursuivre leurs questions et échanges autour
d’un verre offert par l’Insead.
Auparavant,
il lance un appel à idées pour des projets utilisant l’acoustique.
Il
demande aussi des avis sur cette première réunion, et des suggestions pour les
suivantes qui pourraient avoir lieu tous les deux mois en un lieu différent.
Et
enfin, en remerciant les membres du bureau de l’association « Pôle Sud
77 » qui contribuent bénévolement à sa construction, il encourage tous les
présents à adhérer, et à susciter des adhésions de leurs amis et
collègues afin de favoriser le mouvement engagé: toutes les contributions,
analyses et comptes-rendus de travaux (et les modalités d’adhésion) sont
accessibles sur le Web en
MH : 18/11/2005