Développement des territoires
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publiée
le 04/05/2005
Pôle de compétitivité : quand le modèle italien séduit la France
60 candidats au label Pôle de compétitivité ont répondu à l'invitation de Gilles de Robien et visité le 2 mai en Italie le pôle robotique de Gênes. Les "districts technologiques" à l'italienne, nés d'une étroite coopération entre industriels et pouvoirs publics, font figure d'exemple pour la France.
Comprendre
les secrets de la recette italienne et "les dynamiques d'excellence"
qui ont fait naître en Italie, dès les années soixante-dix, les premiers
"district industriels". Comprendre aussi la méthode qui, avec
quelques années d'avance sur la France, a permis à ce pays de compter près de
onze "districts technologiques", préfiguration de nos futurs
"pôles de compétitivité" à la française. Tel était l'objectif du
voyage d'étude organisé par Gilles de Robien, ministre de l'Equipement, des
Transports, de l'Aménagement du territoire, en organisant ce déplacement à
Gênes pour les porteurs de projets français. Avec un tissu industriel qui
compte une majorité de petites et moyennes entreprises, le besoin de rassemblement
pour faire émerger des projets existe depuis longtemps en Italie. Il y a plus
de trente ans, des coopérations entre les entreprises voient le jour, avec les
"districts industriels", grâce à la solidarité qui existe
traditionnellement autour d'un même métier ou d'un même marché. D'où la
profusion de pôles, parcs et autres districts. Depuis 2002, le gouvernement
italien, dans le cadre des missions du ministère de l'Education, de
l'Université et de la Recherche (Miur), a décidé de
donner la priorité à la recherche et à l'innovation, et de lancer une politique
en faveur de "districts technologiques" fondés, comme nos futurs
pôles de compétitivité, sur un rapprochement industrie-recherche-université.
Implication et interactivité entre les acteurs
Parmi
les onze districts technologiques, le plus récent, celui des systèmes
intelligents intégrés (SIIT), est né d'un accord entre le Miur
et la région de Ligurie en septembre 2004. Les deux partenaires ont mis 30
millions d'euros sur la table. Les entreprises du tissu industriel local ont
très vite été associées au projet avec la chambre de commerce et l'université
de Gênes, le Dixet (club d'entreprises sur les
technologies avancées), les banques et collectivités locales. Par son
organisation, l'implication des industriels et des institutions publiques
locales, mais aussi la taille et la nature des entreprises concernées, le
district SIIT présente de nombreux points communs avec les pôles de
compétitivité que le gouvernement français souhaite faire émerger. C'est dans
cet environnement propice que le pôle de la robotique de Gênes (une trentaine
d'entreprises, le parc scientifique et technologique de la Ligurie,
l'université, la chambre de commerce et les associations industrielles de
Gênes) a naturellement trouvé sa place. Pour Esaote,
spécialisée dans l'imagerie médicale, la structuration au sein du district
apporte du savoir-faire et crée "un environnement dans lequel peut exister
une interactivité entre les acteurs". Le président de Telerobot
(robotique avancée) espère quant à lui donner à son entreprise une meilleure
visibilité et changer la donne face aux grands groupes et "passer du
statut de fournisseur à celui de partenaire".
En Italie, les industriels portent les projets
La
visibilité – à l’international – est également le maître mot qui motive les
porteurs de projets français. Ainsi Marie-Pierre Coulon
(pôle jeunesse, image, multimédia, conseil général de Charente) ou Olivier Auguin (pôle végétal spécialisé Anjou/Loire, comité
d’expansion économique du Maine-et-Loire) qui parlent tous deux
de "positionnement à l’international". C’est aussi
un "nouveau souffle apporté par l’appel à projets dans des
coopérations qui existent déjà", soulignent-ils. Comme en réponse à ces
témoignages, Gilles de Robien souhaite réveiller le "génie local" qui
attend bien souvent que les pouvoirs publics viennent frotter sa lampe. Un
génie parfois profondément endormi. A Mantes-la-Ville
(Yvelines) par exemple, deux facteurs d’instruments de musique cohabitent
depuis 150 ans sans avoir jamais travaillé ensemble. Aujourd’hui, c’est le
projet de pôle FIF (Facteur d’instruments français, Ile-de-France). Les
entreprises réfléchissent désormais aux possibilités d’amélioration des coûts
de production et de développement de recherches communes sur de nouveaux
matériaux.
La visibilité internationale, l’accompagnement des pouvoirs publics…
des "initiatives finalement très semblables entre districts
technologiques et pôles de compétitivité", comme le souligne le ministre
italien de l’Innovation technologique. Sauf qu’en Italie, le développement de
telles coopérations est spontané et ce sont réellement les industriels qui
portent les projets. Les candidats aux pôles de compétitivité français ont pu
en prendre conscience. Cette "force du territoire" est "peut-être
l’élément culturel qui fait défaut en France", avance Paulette Pommier,
chargée de mission Pôles de compétitivité à la Datar.
Les Français enthousiasmés
Quoi
qu’il en soit, les initiatives et les projets sont bel et bien là en France. Et
les participants de profiter de cette journée d’études pour échanger de manière
informelle sur leurs idées, leurs difficultés… Et même pour lancer des idées –
en l’air ? – de coopérations futures. Ainsi les pôles Bijouterie, horlogerie,
joaillerie (Ile-de-France / Rhône-Alpes / Centre) et Tourisme (Biarritz) :
pourquoi ne pas organiser des expositions de joaillerie sur la Côte basque ?
Plaisanterie – mais en est-ce une ? – mise à part, les participants semblaient
enthousiastes pour que soient organisées de nouvelles journées d’échanges, ou
même des réunions plus formelles de porteurs de projets, comme le suggère
Michel Rapeaud (pôle de plasturgie d’Alençon). Mais
est-ce suffisant ? Car il existe déjà des réseaux avec les districts
industriels et les systèmes productifs locaux (SPL)… Gilles de Robien espère
qu’au moins ce déplacement aura permis de "faire sauter quelques
cloisons".
Finalement, les leçons à tirer du cas génois pourraient se traduire
essentiellement en terme de gouvernance : mettre en place une structure
d’animation, une stratégie à moyen terme (3 à 5 ans), un comité scientifique
qui veille à la continuité, signer des accords de programme et des contrats de
pôles pour relier les acteurs, équilibrer les financements, assurer une veille
économique… Dès à présent, la première phase d’expertise interministérielle des
dossiers s’achève et celle du groupe de personnalités qualifiées commencera
sous peu (mi-mai).
Magali Tran / Innovapresse pour Localtis
"Les pôles de compétitivité feront l'aménagement du territoire du 21e siècle"
"90%
des dossiers sont intéressants", souligne Gilles de Robien. Ceux qui ne le
sont pas se sont trompés de file, ou n'ont pas assez approfondi la démarche.
Ceux-ci pourraient retravailler leur dossier pour une deuxième vague de sélection
qui devrait avoir lieu avant la fin 2005, la première étant prévue lors d'un Ciadt, aux alentours de la mi-juillet. Les dossiers qui ne
seraient retenus ni dans la première ni dans la deuxième vague ne devraient pas
être en reste, si l'on en croit les deux ministres. Frédéric de Saint-Sernin souligne "l'ambition industrielle qui
existe sur tout le territoire. Il faut la réponse des acteurs de terrain, et
pour cela, si les élus locaux ne sont jamais en pointe, ils n'en ont pas moins
un rôle ciment d'accompagnement". Gilles de Robien quant à lui précise que
"chacun des bons projets, chacune des bonnes idées doit être accompagnée
par les pouvoirs publics". Ainsi, des pôles de compétence devraient voir
le jour, qui regrouperaient les savoir-faire ou les
filières identifiés dans le cadre de l'appel à projets, et formeraient des
"territoires de compétences". Selon Gilles de Robien, "le
territoire maillé de ces pôles de compétitivité et de compétences feront
l'aménagement du territoire du 21e siècle".
publiée
le 04/05/2005
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